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Le Borneau

Terrains, limites et servitudes dans le Var intérieur.

Terrain

Défricher un terrain boisé exige une autorisation distincte du permis

Une parcelle classée constructible par le plan local d'urbanisme peut rester impossible à bâtir si elle est boisée. Le code forestier impose sa propre autorisation, qui se demande avant le permis et obéit à une logique étrangère au zonage.

La rédaction Publié le 16/08/2026 Mis à jour le 16/08/2026

Dans l’arrière-pays varois, une grande partie des terrains mis en vente portent des chênes verts, des pins d’Alep ou une garrigue refermée depuis l’abandon des cultures. L’acheteur retient le classement de la parcelle au plan local d’urbanisme, obtient un certificat d’urbanisme, dessine sa maison. Il découvre ensuite qu’un second régime s’applique au même terrain : celui du défrichement, régi par le code forestier, instruit par les services de l’État et non par la mairie. Les deux autorisations ne se confondent pas, et l’une ne garantit pas l’autre.

Le défrichement, une notion juridique précise

L’article L. 341-1 du code forestier définit le défrichement comme toute opération volontaire ayant pour effet de détruire l’état boisé d’un terrain et de mettre fin à sa destination forestière. Deux éléments doivent être réunis : la disparition de l’état boisé et la fin de la destination forestière du sol.

Cette définition écarte plusieurs opérations souvent confondues avec lui.

La coupe n’est pas un défrichement. Abattre des arbres en laissant le terrain revenir à l’état boisé ne met pas fin à la destination forestière.

Le débroussaillement n’est pas un défrichement. L’article L. 341-2 range les travaux de débroussaillement obligatoire parmi les opérations qui ne constituent pas un défrichement. Réduire la végétation autour d’une maison ne change pas la destination du sol.

La destruction accidentelle ne suffit pas. Le même article L. 341-1 précise qu’une destruction accidentelle, un incendie par exemple, ne fait pas disparaître la destination forestière du terrain. Une colline brûlée reste un terrain boisé au regard du code, et la construire suppose toujours l’autorisation.

L’article L. 341-2 exclut encore d’autres opérations, parmi lesquelles la remise en valeur d’anciens terrains de culture recolonisés naturellement et certaines plantations comme les oliveraies ou les noyeraies, dans les conditions et limites que fixe le texte. Une restanque d’oliviers envahie par les pins ne se traite donc pas nécessairement comme un bois, mais la qualification se vérifie au regard du texte en vigueur et de l’état réel du terrain.

Le principe : pas de défrichement sans autorisation

L’article L. 341-3 pose la règle : nul ne peut user du droit de défricher ses bois et forêts sans avoir préalablement obtenu une autorisation. La demande est adressée aux services de l’État dans le département, qui l’instruisent selon la procédure fixée par la partie réglementaire du code.

L’autorisation peut être refusée. L’article L. 341-5 énumère les motifs : maintien des terres sur les pentes, défense du sol contre l’érosion, protection des eaux, équilibre biologique d’une région, protection contre les risques naturels, dont les incendies, et d’autres encore. Dans un massif varois exposé au feu, l’argument de la protection contre les risques naturels n’a rien de théorique.

L’autorisation peut aussi être assortie de conditions. L’article L. 341-6 permet de la subordonner à l’exécution de travaux de boisement ou de reboisement sur d’autres terrains, à la réalisation de travaux de génie civil ou écologique, ou au versement d’une indemnité en lieu et place de ces travaux. Les modalités de calcul de ces compensations figurent dans le texte et ne sont pas reproduites ici.

Les exemptions : un seuil fixé département par département

L’article L. 342-1 du code forestier exempte certains défrichements de l’autorisation. Le cas le plus fréquent concerne les petits bois : sont exemptés les défrichements dans les bois d’une superficie inférieure à un seuil fixé par département, ou partie de département, par le représentant de l’État, dans une fourchette comprise entre 0,5 et 4 hectares.

Trois précisions limitent la portée de cette exemption.

Le seuil s’apprécie à l’échelle du massif. L’exemption ne joue pas lorsque le bois fait partie d’un autre bois dont la superficie, ajoutée à la sienne, atteint ou dépasse le seuil. Une parcelle boisée de petite taille, contiguë à une colline couverte de pins, relève en principe de l’autorisation, quelle que soit sa propre surface.

Le seuil applicable dans le Var se lit dans l’arrêté préfectoral. Il n’est pas reproduit ici. Il peut différer selon les parties du département et évoluer.

Les autres exemptions ont leurs propres conditions. Le même article vise notamment les parcs ou jardins clos attenant à une habitation principale, certaines zones agricoles et pastorales et les jeunes bois, chacun dans les limites du texte. Il écarte les exemptions lorsque le maintien des bois est prescrit par un plan de prévention des risques naturels prévisibles.

Le défrichement passe avant le permis

L’articulation avec l’urbanisme est fixée par deux textes concordants. L’article L. 341-7 du code forestier prévoit que, lorsqu’une opération requiert à la fois une autorisation de défrichement et une autre autorisation administrative, la première doit être obtenue préalablement. L’article L. 425-6 du code de l’urbanisme en tire la conséquence pour le permis : lorsque le projet porte sur une opération soumise à autorisation de défrichement, celle-ci doit être obtenue avant la délivrance du permis.

QuestionCode de l’urbanismeCode forestier
Ce qui est contrôléLe projet de construction au regard du règlement de zoneLa suppression de l’état boisé au regard de ses fonctions
AutoritéCommune ou intercommunalité, selon la compétenceServices de l’État dans le département
Document de référencePlan local d’urbanisme, carte communale ou règles nationalesCode forestier et arrêté préfectoral fixant le seuil
OrdreLe permis ne peut être délivré qu’aprèsL’autorisation de défrichement est obtenue d’abord

Ces deux législations sont indépendantes. Un classement en zone urbaine ne dispense pas de l’autorisation de défrichement et n’oblige pas l’État à l’accorder. À l’inverse, une autorisation de défrichement ne rend pas constructible une parcelle que le plan local d’urbanisme ne permet pas de bâtir. La note sur la lecture du zonage d’un terrain détaille ce que chaque zone autorise.

Le cas de l’espace boisé classé

Le plan local d’urbanisme peut classer des bois, forêts ou parcs en espace boisé classé au titre de l’article L. 113-1 du code de l’urbanisme. L’article L. 113-2 en fixe l’effet : le classement interdit tout changement d’affectation ou tout mode d’occupation du sol de nature à compromettre la conservation des boisements, et il entraîne le rejet de plein droit de la demande d’autorisation de défrichement.

Dans ce cas, la question n’est plus de savoir si l’État accordera l’autorisation : elle ne peut pas l’être. Seule une évolution du plan local d’urbanisme supprimant le classement changerait la situation, et elle relève de la commune ou de l’intercommunalité, au terme de la procédure prévue.

Défricher sans autorisation

Le défrichement irrégulier expose à des sanctions pénales prévues par le code forestier. Il expose surtout à une mesure qui intéresse directement le terrain : l’article L. 341-8 permet d’imposer au propriétaire le rétablissement des lieux en nature de bois et forêts dans un délai fixé.

L’acquéreur d’une parcelle déboisée récemment a donc intérêt à connaître les conditions dans lesquelles le déboisement a eu lieu. Une construction autorisée sur un terrain défriché sans autorisation hérite d’une difficulté que le permis ne couvre pas.

Les vérifications avant d’acheter un terrain boisé

Qualifier le terrain. Bois, ancienne culture recolonisée, oliveraie, jardin attenant à une maison : la qualification décide du régime.

Mesurer le massif, pas la parcelle. La continuité avec les bois voisins se constate sur une vue aérienne et sur le terrain.

Lire l’arrêté préfectoral. Il fixe le seuil applicable à la partie du département concernée.

Consulter les annexes du plan local d’urbanisme. Un espace boisé classé ou un plan de prévention des risques change entièrement l’analyse.

Faire du défrichement une condition de l’achat. Lorsque le projet suppose de supprimer des arbres, l’obtention de l’autorisation, ou la confirmation qu’elle n’est pas requise, se traite au stade de l’avant-contrat, au même titre que le permis. La note sur la vente de terrain et ses pièces rappelle les autres documents du dossier.

Où vérifier

La définition du défrichement figure à l’article L. 341-1 du code forestier, les opérations qui n’en constituent pas à l’article L. 341-2, le principe d’autorisation à l’article L. 341-3, les motifs de refus à l’article L. 341-5, les conditions et compensations à l’article L. 341-6, l’antériorité sur les autres autorisations à l’article L. 341-7, le rétablissement des lieux à l’article L. 341-8 et les exemptions, dont la fourchette de 0,5 à 4 hectares, à l’article L. 342-1. L’antériorité sur le permis figure à l’article L. 425-6 du code de l’urbanisme, les espaces boisés classés aux articles L. 113-1 et L. 113-2. Ces textes sont consultables sur Légifrance dans leur version en vigueur.

L’arrêté fixant le seuil départemental et les modalités de dépôt de la demande sont publiés par la préfecture du Var. Les espaces boisés classés et les plans de prévention des risques figurent aux documents consultables sur le Géoportail de l’urbanisme. Les démarches sont décrites sur service-public.fr.

Informations relevées le 14 septembre 2026. Le seuil d’exemption applicable dans le Var n’est pas indiqué ici : seul l’arrêté préfectoral en vigueur à la date du défrichement fait foi.

Sources

Les références citées dans cette page renvoient au texte en vigueur à la date indiquée.