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Le Borneau

Terrains, limites et servitudes dans le Var intérieur.

Limites

Une servitude cachée par le vendeur ouvre un recours à l'acheteur

Un passage de canalisation, une interdiction de bâtir, un droit de puisage au profit d'un voisin : certaines charges ne se voient pas en visitant un terrain. Le code civil fait peser sur le vendeur l'obligation de les déclarer, et donne à l'acquéreur un choix lorsqu'il ne l'a pas fait.

La rédaction Publié le 07/08/2026 Mis à jour le 07/08/2026

Un acquéreur achète une parcelle pour y construire, dépose son permis, puis découvre qu’un acte ancien interdit toute construction sur une partie du terrain au profit d’un fonds voisin. Ou il apprend, au premier terrassement, qu’une canalisation privée traverse le terrain en vertu d’une convention jamais mentionnée. Ces découvertes tardives ne relèvent pas de la malchance : le code civil organise précisément la garantie due par le vendeur, et elle dépend de la nature de la servitude.

Servitudes apparentes et non apparentes

L’article 689 du code civil distingue deux catégories.

Les servitudes apparentes sont celles qui s’annoncent par des ouvrages extérieurs : une porte, une fenêtre, un aqueduc, un chemin tracé. Les servitudes non apparentes sont celles qui n’ont pas de signe extérieur de leur existence, comme l’interdiction de bâtir sur un fonds ou de ne bâtir qu’à une hauteur déterminée.

La distinction commande la garantie. Une servitude apparente est réputée connue de l’acquéreur qui a visité le bien : il a pu la constater. Une servitude non apparente ne peut être connue que si elle est déclarée.

Servitude apparenteServitude non apparente
Exemple sur un terrain ruralChemin tracé et emprunté, canal d’irrigation à ciel ouvert, regard visibleCanalisation enterrée sans regard, interdiction de construire, limitation de hauteur, droit de puisage
Connaissance de l’acquéreurPrésumée, si le signe était visible lors de la venteSeulement si elle a été déclarée ou révélée
Garantie du vendeurEn principe écartéeDue si elle n’a pas été déclarée, dans les conditions de l’article 1638

La garantie de l’article 1638

Le vendeur doit à l’acquéreur la garantie d’éviction, prévue aux articles 1626 et suivants du code civil. Elle couvre notamment les charges prétendues sur l’objet vendu et non déclarées lors de la vente.

L’article 1638 en fixe le régime pour les servitudes. Si le bien vendu se trouve grevé, sans qu’il en ait été fait de déclaration, de servitudes non apparentes, et qu’elles soient d’une importance telle qu’il y a lieu de présumer que l’acquéreur n’aurait pas acheté s’il en avait été instruit, il peut demander la résiliation du contrat, si mieux il n’aime se contenter d’une indemnité.

Trois conditions en découlent :

  • une servitude non apparente ;
  • une absence de déclaration lors de la vente ;
  • une importance suffisante pour présumer que l’acquéreur n’aurait pas acheté.

La troisième condition ne vise que la résiliation. Une servitude de moindre importance peut ouvrir droit à indemnité sans justifier l’anéantissement de la vente. Le choix appartient à l’acquéreur, dans la mesure où les conditions de chaque branche sont remplies.

Les clauses de style ne protègent pas tout

Les actes de vente comportent presque toujours une clause par laquelle l’acquéreur déclare supporter les servitudes passives, apparentes ou occultes, continues ou discontinues, pouvant grever le bien, sauf à s’en défendre et à profiter des servitudes actives.

Cette clause générale ne vaut pas déclaration d’une servitude précise. Elle n’informe l’acquéreur de rien de particulier. Surtout, l’article 1628 du code civil maintient la garantie du vendeur pour l’éviction résultant de son fait personnel, quelle que soit la clause, et le vendeur qui connaissait la servitude et l’a tue ne peut pas s’abriter derrière une formule de style.

La déclaration utile est celle qui désigne la servitude, son assiette et le fonds qui en bénéficie, et qui reproduit ou vise l’acte qui l’a constituée.

Les servitudes légales et administratives

Les servitudes qui résultent directement de la loi — servitudes d’utilité publique, règles d’urbanisme, servitudes légales du code civil — sont en principe regardées comme connues de tous. Elles n’entrent pas, en règle générale, dans le champ de la garantie de l’article 1638.

Deux nuances méritent d’être relevées. Le vendeur qui affirme dans l’acte l’absence d’une servitude administrative existante engage sa responsabilité sur le fondement de cette déclaration inexacte. Et une servitude d’utilité publique qui présente un caractère particulier, non révélé par les documents d’urbanisme usuels, peut donner lieu à discussion. Les annexes du plan local d’urbanisme recensent ces servitudes et se consultent avant la vente.

Dol et information précontractuelle

La garantie d’éviction n’est pas la seule voie. L’article 1112-1 du code civil impose à la partie qui connaît une information dont l’importance est déterminante pour le consentement de l’autre de la lui communiquer. L’article 1137 qualifie de dol la dissimulation intentionnelle, par l’un des contractants, d’une information dont il sait le caractère déterminant pour l’autre partie.

Le vendeur qui cache une servitude qu’il connaît s’expose ainsi à une action en nullité pour dol, assortie le cas échéant de dommages et intérêts. Cette action suppose de prouver l’intention de tromper, là où la garantie de l’article 1638 n’exige que l’absence de déclaration.

La jurisprudence rattache la servitude non déclarée à la garantie d’éviction plutôt qu’à la garantie des vices cachés, qui vise un défaut de la chose elle-même. Le choix du fondement a des conséquences sur les délais et sur la preuve.

La publicité foncière et le rôle des titres

Une servitude conventionnelle n’est opposable aux acquéreurs successifs que si elle a été publiée au service de la publicité foncière. Une servitude non publiée reste valable entre les parties qui l’ont constituée, mais l’acquéreur du fonds servant qui l’ignorait peut, en principe, s’opposer à son exercice.

La recherche des servitudes publiées se fait sur la parcelle et sur ses origines de propriété. Les titres antérieurs, et pas seulement le dernier acte, sont la source principale : une servitude constituée lors d’une division ancienne peut ne plus être reprise dans les actes récents.

La note sur la servitude de passage rappelle les règles de constitution et d’extinction de la servitude la plus fréquente en milieu rural.

Ce que l’acquéreur examine avant de signer

La garantie du vendeur est un recours, pas une protection. Elle suppose un procès, dont l’issue dépend de la preuve de la non-déclaration et de l’importance de la charge. Plusieurs vérifications réduisent le risque en amont.

Lire les titres de propriété antérieurs sur plusieurs mutations, en recherchant les divisions anciennes du fonds : c’est à cette occasion que naissent la plupart des servitudes de passage, de canalisation ou de vue.

Parcourir le terrain à la recherche de signes discrets : regards, bouches, bornes de réseau, tuyaux affleurants, traces de passage, captages.

Consulter les annexes du plan local d’urbanisme pour les servitudes d’utilité publique : lignes électriques, canalisations de transport, protection de captages d’eau potable.

Interroger le vendeur par écrit sur les conventions qu’il a pu conclure lui-même avec des voisins ou des gestionnaires de réseaux, et faire reprendre ses réponses dans l’avant-contrat.

Le délai pour agir

Les actions de l’acquéreur obéissent aux règles de prescription du code civil. Le délai de droit commun de l’article 2224 court à compter du jour où le titulaire du droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l’exercer. La date de la découverte de la servitude, et la manière dont elle a été révélée, se documentent dès l’origine.

Où vérifier

Les règles citées figurent au code civil : article 689 pour la distinction des servitudes apparentes et non apparentes, 1626 et suivants pour la garantie d’éviction, 1628 pour le fait personnel du vendeur, 1638 pour les servitudes non déclarées, 1112-1 et 1137 pour l’information précontractuelle et le dol, 2224 pour la prescription. Ces textes sont consultables sur Légifrance dans leur version en vigueur.

Les servitudes d’utilité publique annexées aux documents d’urbanisme se consultent sur le Géoportail de l’urbanisme. Les fiches pratiques sur les servitudes et la vente immobilière sont publiées sur service-public.fr.

Informations relevées le 14 septembre 2026. Le caractère apparent ou non d’une servitude et son importance au regard du consentement de l’acquéreur relèvent de l’appréciation du juge saisi.

Sources

Les références citées dans cette page renvoient au texte en vigueur à la date indiquée.

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